Vous y pensez le dimanche soir, et plus encore le lundi matin. Quitter ce CDI, se lancer dans les tresses, ne plus compter les jours avant les congés. Avant de rédiger une lettre de démission, un conseil que nous aurions aimé que l’on nous donne : ne démissionnez pas en premier. L’ordre des démarches compte autant que la décision elle-même, parce qu’il peut faire la différence entre être indemnisée et ne pas l’être.
En bref : il existe trois façons de partir, et une quatrième de ne pas partir tout de suite. La rupture conventionnelle demande l’accord de votre employeur. La démission pour reconversion peut ouvrir droit à l’allocation chômage, mais sous conditions strictes, dont la validation du projet avant la démission. Enfin, vous pouvez tester votre activité en complément de votre emploi, sans rien quitter. Les règles ci-dessous viennent de France Travail et du service public, consultés le 5 novembre 2026.
Les trois vérifications avant de parler à votre employeur
- Votre qualification légale. La coiffure est réglementée : CAP, brevet professionnel ou équivalent RNCP, ou 3 ans d’expérience attestés par la CMA, selon service-public.fr. Quitter un emploi pour une activité que vous ne pourriez pas exercer légalement serait un très mauvais pari. Voyez CAP coiffure ou formation tresses.
- Votre trésorerie. Combien de mois pouvez-vous tenir sans salaire ? Additionnez vos charges fixes (loyer, crédits, assurances, alimentation, transports) et multipliez-les par la durée de démarrage que vous estimez raisonnable. Ajoutez une marge. Ce chiffre, c’est votre vraie ligne de départ.
- Votre droit au chômage selon la voie choisie. Il change complètement selon que vous partez par rupture conventionnelle, par démission-reconversion ou par simple démission. C’est l’objet des deux sections qui suivent.
Première voie : la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle est un départ négocié, d’un commun accord entre vous et votre employeur. Il faut donc que l’employeur accepte : vous ne pouvez pas l’imposer. Selon France Travail, après la signature de la convention, vous et votre employeur disposez de 15 jours calendaires pour vous rétracter, puis l’administration dispose de 15 jours pour se prononcer ; son silence vaut homologation.
- L’indemnité de rupture ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement. La page du service public sur la rupture conventionnelle détaille la procédure.
- Cette voie peut ouvrir droit à l’allocation chômage, selon les conditions générales d’indemnisation. Une partie de l’indemnité peut retarder le début du versement.
- Les règles de durée d’indemnisation ont évolué au 1er septembre 2026, et les pages officielles ne donnent pas toutes les mêmes chiffres. Vérifiez votre situation personnelle directement sur France Travail avant de signer.
Deuxième voie : la démission pour reconversion
Depuis 2019, une démission peut, dans certains cas, ouvrir droit à l’allocation chômage lorsqu’elle sert un projet de reconversion. C’est une option réelle, mais les conditions sont cumulatives et strictes. D’après France Travail, il faut notamment :
- être en CDI de droit privé, à temps plein ou à temps partiel (les CDD, l’intérim, les agents publics et les travailleurs indépendants sont exclus) ;
- justifier d’au moins 1 300 jours travaillés dans les 60 derniers mois, chez un ou plusieurs employeurs ;
- avoir un projet réel et sérieux, attesté par la commission paritaire interprofessionnelle régionale (Transitions Pro) : une reconversion nécessitant une formation, ou une création ou reprise d’entreprise ;
- avoir demandé un conseil en évolution professionnelle (CEP) avant de démissionner, faute de quoi le projet n’est pas recevable.
L’ordre des démarches, à respecter
- Vérifier que vous remplissez les conditions (ancienneté, type de contrat).
- Demander le conseil en évolution professionnelle, avant toute démission.
- Constituer le dossier auprès de Transitions Pro pour obtenir l’attestation de projet.
- Ne démissionner qu’après avoir obtenu cette attestation : le service public précise qu’une démission avant la validation ne permet pas de toucher l’allocation.
- Vous inscrire à France Travail dans les 6 mois suivant la notification de l’attestation.
France Travail contrôle ensuite, dans les 6 mois suivant l’ouverture des droits, que vous avez bien mené les démarches liées à votre projet. En cas de manquement, la sanction est une radiation de 4 mois et la suppression de l’allocation pendant la même durée. Un site officiel dédié et la fiche de l’Unédic permettent de vérifier votre situation.
France Travail précise qu’un projet de création d’entreprise doit être suffisamment avancé : ressources financières, moyens humains, cohérence du projet. Plus vous aurez testé votre activité avant de présenter le dossier, plus votre projet sera solide. C’est un argument de plus pour lire la suite.
Troisième voie, souvent la plus sage : tester avant de partir
Le cumul entre un emploi salarié et une micro-entreprise est possible sous conditions : pas de clause d’exclusivité applicable, pas de concurrence avec votre employeur, activité en dehors de votre temps de travail. Nous détaillons tout dans cumuler CDI et micro-entreprise. L’intérêt est double : vous mesurez votre activité avec des chiffres réels, et vous constituez le dossier de votre projet. Pour savoir à quel moment les chiffres suffisent, utilisez la méthode de remplacer son salaire avec des tresses.
Un plan de départ en cinq étapes
- Mois 1 : clarifier. Notez ce que vous voulez quitter, ce que vous voulez construire, et le revenu dont vous avez besoin.
- Mois 1 à 3 : tester. Tresser, vous former, vérifier votre qualification auprès de la CMA, démarrer éventuellement en complément.
- Mois 3 à 5 : construire le dossier. Chiffres réels, formation choisie, budget, demande de CEP si vous visez la démission-reconversion.
- Mois 5 à 6 : négocier ou valider. Rupture conventionnelle avec votre employeur, ou dossier Transitions Pro.
- Jour J et après : partir avec un matelas. Un budget de démarrage, une première clientèle, et une date de bilan à trois mois.
Calendrier donné à titre d’exemple : les délais réels dépendent de votre employeur, de Transitions Pro et de votre propre projet.
Cas type, pour se projeter
Cas imaginaire, donné à titre d’illustration, ce n’est pas un témoignage. Inès a 36 ans, chargée de clientèle en CDI depuis 8 ans. Elle ne démissionne pas. Elle vérifie d’abord que son ancienneté lui ouvre les conditions de la démission-reconversion, demande un conseil en évolution professionnelle, et démarre en complément pendant quatre mois, en tenant un carnet de ses poses (durée, prix, matériel). Quand elle constitue son dossier, elle présente des chiffres, pas des intentions. Elle ne quitte son poste qu’une fois l’attestation obtenue.
Ce que l’on oublie souvent de dire
- Quitter pour un projet, pas pour fuir un poste. Si ce qui vous pèse est d’abord votre emploi actuel, la question est peut-être « quel emploi ? » plutôt que « quelle activité ? ».
- Les premiers mois sont irréguliers. C’est la règle du travail indépendant, pas un signe d’échec.
- Les règles de chômage changent. Elles ont été modifiées plusieurs fois récemment. Vérifiez toujours la date des pages que vous lisez, y compris celle-ci.
- Vous n’êtes pas obligée de choisir tout de suite. Entre « je reste » et « je pars », il y a « je teste », et c’est une option sérieuse.
La suite, si le projet se confirme
Quand votre projet tient, il vous faut une formation structurée, un statut et des clientes. Les trois sont au programme de notre formation complète au tressage afro : le Module 8 couvre le statut juridique, la micro-entreprise, le marketing, les premiers clients et la comptabilité (8 modules, plus de 40 heures, parcours de 8 mois, accès à vie). Le programme détaillé est consultable sans engagement, et notre guide de reconversion dans la coiffure afro vous donne la vue d’ensemble.




